Un brick à l'horizon, une goélette qui file au près, un ketch qui remonte tranquillement le chenal… Vous les avez vus, vous les avez admirés, et maintenant vous vous demandez : et si c'était moi qui tenais la barre de l'un de ces voiliers deux mâts ?
Avouons-le, le choix est vaste et technique. Ketch, yawl, goélette, brick, brigantin : cinq mots pour des réalités souvent confondues. Ce ne sont pas de simples variations esthétiques. Chaque gréement répond à un usage, à des conditions de mer, à un style de navigation.
Et là, surprise : le plus simple n'est pas toujours celui qu'on croit. Après des années à barouder sur les côtes atlantiques et à enchaîner les chantiers navals, j'ai appris à voir ce qui distingue vraiment ces bateaux. La bonne nouvelle, c'est que le choix se résume à quelques questions pratiques.
Points clés à retenir
- Le ketch et le yawl placent leur mât d'artimon (le petit mât arrière) derrière la barre, avec une voile d'avant différente ; la goélette, elle, a son mât le plus grand à l'arrière.
- Le ketch est le champion de la croisière hauturière en équipage réduit : ses voiles plus petites se manient facilement, et la voile d'artimon stabilise le bateau.
- Le yawl se distingue surtout par sa voile d'artimon plus petite, qui sert principalement d'équilibreur, pas de propulseur.
- La goélette, magnifique et performante au portant, demande souvent un équipage plus nombreux pour manœuvrer ses grandes voiles.
- Le brick et le brigantin sont des voiliers historiques à voiles carrées, plutôt réservés aux navires-écoles et aux passionnés d'archéologie navale.
- Le budget d'entretien et le coût d'assurance varient fortement selon la complexité du gréement et la surface de voilure.
Comment choisir son voilier deux mâts selon son usage ?
J'ai passé des heures, dans des pontons, à regarder des coques et des mâts sans vraiment savoir ce que je cherchais. Et j'ai vu des amis acheter un magnifique ketch pour finir par le maudire en Méditerranée, où le vent est rare.
Le premier réflexe, c'est de se poser LA question : où et comment allez-vous naviguer ? La réponse change tout.
Pour de la navigation côtière et du cabotage, le yawl ou un petit ketch sont des options formidables. Leurs voiles morcelées offrent une flexibilité énorme pour s'adapter à des vents changeants. Vous pouvez réduire la toile sans vous arracher les bras, et la barre reste douce.
Pour la haute mer et les longues traversées, le ketch est très difficile à battre. La voile d'artimon, ce petit foc arrière, est votre meilleur allié. Elle permet de tenir le cap par tempête avec une simple trinquette, tout en réduisant le roulis. C'est un vrai confort de vivre à bord pendant des semaines.
Pour les navigations au portant, en revanche, la goélette est imbattable. Ses deux grandes voiles auriques (ou bermudiennes) se complètent à merveille quand le vent vient de l'arrière. On atteint des vitesses impressionnantes pour un bateau de sa taille. Mais dès que le vent forcit et qu'il faut réduire, ça devient un sport de force.
Moralité : il n'y a pas de "meilleur" voilier deux mâts. Il y a le bon gréement pour votre programme.
Quelle est la différence entre un ketch et un yawl ?
C'est la question que l'on me pose le plus souvent, et c'est aussi la plus simple à trancher. La différence se résume à la position du mât d'artimon par rapport à la mèche de safran (l'axe de rotation du gouvernail).
Pour faire simple :
- Ketch : le mât d'artimon est placé devant la barre. Sa voile, la voile d'artimon, est grande et participe réellement à la propulsion du bateau. Sur un ketch de 12 mètres, elle représente souvent 15 à 20 % de la voilure totale.
- Yawl : le mât d'artimon est placé derrière la barre, tout à l'arrière du pont. Sa voile, la voile de tapecul, est nettement plus petite. Elle sert surtout d'équilibreur, pour compenser la pression de la grand-voile et alléger la barre.
En pratique, cela donne des comportements très différents. Avec un ketch, vous pouvez hisser la voile d'artimon seule pour avancer à petite vitesse dans un calme plat ou dans un chenal. Avec un yawl, cette voile est trop petite pour propulser efficacement, mais elle est parfaite pour stabiliser le bateau au mouillage.
J'ai navigué sur les deux, et je dois dire que le yawl a un charme particulier. Il est plus simple à gérer, mais il est moins polyvalent que le ketch.
Pourquoi choisir une goélette plutôt qu'un ketch ?
Parce que vous aimez la beauté pure, peut-être. La goélette a cette silhouette élancée, ces mâts inclinés vers l'arrière qui lui donnent un air de toujours glisser. C'est le bateau des rêves de vacances en Méditerranée.
Mais attention, ce choix a un prix. Sur une goélette, le grand mât (le plus haut et le plus solide) est à l'arrière. Cela veut dire que la grande voile, souvent immense, est hissée sur ce mât arrière. La manœuvre est plus physique, surtout par fort vent.
L'équipage nécessaire est aussi plus important. Un ketch de 14 mètres peut se manœuvrer à deux en toute sécurité. Une goélette de la même taille demandera, à mon avis, au moins trois personnes expérimentées pour être gérée confortablement dans la brise.
En revanche, pour du long cours dans les alizés, la goélette est un régal. On peut combiner les voiles pour trouver le meilleur équilibre, et le bateau avance tout seul pendant des heures. D'ailleurs, les goélettes de pêche de Terre-Neuve étaient réputées pour leur tenue à la mer et leur capacité à remonter au vent… dans une certaine mesure.
Voilier deux mâts : les dimensions, les prix et l'équipage
Parlons concret. Vous avez cerné le type de gréement, mais vous vous demandez ce que ça coûte et si vous pourrez le gérer seul.
J'ai fait l'erreur, il y a quelques années, de tomber amoureux d'une goélette de 16 mètres. Le prix était alléchant, très alléchant. Puis j'ai fait mes calculs : le gréement dormant à remplacer (les haubans, les galhaubans), la voilerie complète, et l'assurance qui a grimpé en flèche. Finalement, l'affaire était moins belle qu'elle n'en avait l'air.
Voici une base de réflexion, fondée sur mon expérience et ce que j'ai vu autour de moi :
| Type de gréement | Longueur typique | Surface de voilure | Équipage confortable (croisière) | Difficulté de manœuvre |
|---|---|---|---|---|
| Yawl | 9 à 12 m | 40 à 70 m² | 2 personnes | Faible |
| Ketch | 10 à 18 m | 50 à 120 m² | 2 à 3 personnes | Modérée |
| Goélette | 12 à 25 m | 80 à 200 m² | 3 à 5 personnes | Élevée |
| Brick / Brigantin | 20 à 40 m | 200 à 600 m² | 10 à 20 personnes (navire-école) | Très élevée |
Attention, ces chiffres sont des ordres de grandeur généraux pour des bateaux de croisière. Un ketch lourd de 12 mètres aura une surface de voilure plus réduite qu'un ketch de course au large de la même longueur. La jauge, le poids et la forme de la carène comptent autant que le gréement.
Le budget, lui, est un autre monde. Un ketch de croisière des années 1980, en bon état, se trouve dans une fourchette de 60 000 à 150 000 euros. Une goélette de la même époque, souvent plus rare, peut être vendue entre 80 000 et 200 000 euros. Mais l'entretien annuel d'un vieux gréement en bois ou en alu, avec sa voilerie, représente facilement 10 à 15 % de la valeur du bateau chaque année. C'est le vrai piège.
Voilier à 2 mâts : le côté pratique de la navigation
Au-delà de la technique, il y a le quotidien. Et croyez-moi, le quotidien vous apprend plus sur un voilier que toutes les fiches techniques du monde.
Le premier truc que je remarque avec un ketch, c'est l'échelle des voiles. Avec des voiles plus petites, chaque manœuvre est plus simple. Hisser une grand-voile de 25 m² sans winch électrique est un jeu d'enfant. Sur une goélette, la grand-voile peut facilement atteindre 40 ou 50 m². Là, ça se corse.
Le deuxième point, c'est la réduction de voilure par mauvais temps. C'est là que le ketch brille, et je ne suis pas près d'oublier ma première sortie dans un coup de vent de 35 nœuds au large des Glénan. Nous étions en ketch, nous avons affalé la grand-voile et conservé la trinquette et la voile d'artimon. Le bateau était parfaitement équilibré, la barre douce, et nous avions une vitesse de 5 nœuds bien assez confortable. Sur une goélette, dans la même situation, vous seriez obligé de réduire la grande voile, ce qui déséquilibre souvent le bateau.
Le troisième point, et non des moindres : le mouillage. Un ketch, avec sa grand-voile souvent plus petite, a un mât plus léger et moins de poids en hauteur. Le tangage au mouillage est réduit, ce qui est très appréciable pour dormir. La goélette, avec sa grande voile à l'arrière, a tendance à plus "pomper" dans la houle.
Quels sont les avantages d'un ketch en croisière ?
En croisière, le ketch est un compagnon de route exceptionnel. Ses avantages sont nombreux, et je les classe sans hésiter :
- Souplesse de voilure : vous pouvez combiner les voiles à l'infini pour trouver le meilleur équilibre selon le vent. C'est un vrai billard.
- Sécurité : la possibilité de réduire la toile facilement et rapidement est un argument de poids par mauvais temps.
- Manceuvrabilité à voile : avec la voile d'artimon, il est possible d'éviter un obstacle ou de virer de bord sans avoir recours au moteur, même avec une grand-voile affalée.
- Confort : le plan de voilure morcelé diminue la gîte, ce qui est appréciable pour l'équipage et pour les estomacs sensibles.
Le contrepoint ? Souvent, les puristes vous diront que le ketch est moins performant au près que son cousin monomât. C'est vrai. Le mât d'artimon et sa voile créent un peu de traînée et le centre de gravité est plus haut. Mais pour le croisiériste, cette perte de performance est largement compensée par le confort et la sécurité. C'est mon avis, et je le défends.
Quel permis pour naviguer sur un voilier deux mâts ?
Ah, la paperasse. On y pense toujours trop tard. En France, la règle est simple, mais elle a des exceptions.
Pour un voilier de plus de 24 mètres, le permis hauturier est obligatoire. Pour les bateaux de moins de 24 mètres, un permis côtier suffit pour naviguer de jour comme de nuit, à moins de 6 milles d'un abri.
Cependant, la puissance du moteur peut aussi imposer un permis. Si le moteur du voilier dépasse 4,5 kW (6 chevaux), le permis côtier est exigé. Pour la navigation de nuit au-delà de 6 milles, le permis hauturier est nécessaire, quel que soit le type de gréement.
En Méditerranée, certaines zones comme les îles d'Hyères ou les Bouches de Bonifacio imposent des restrictions supplémentaires. Renseignez-vous toujours auprès des affaires maritimes locales avant de partir.
Pour un navire-école ou un grand voilier traditionnel comme un brick, il vous faudra un équipage professionnel ou au minimum des qualifications spécifiques. Ce n'est plus de la croisière, c'est de la marine.
Quelle voile pour réduire la toile facilement sur un ketch ?
La grande force du ketch est de pouvoir combiner trinquette et voile d'artimon.
Quand le vent forcit, je commence toujours par affaler la grand-voile et je garde la trinquette avant et la voile d'artimon. Cette configuration, souvent appelée "voile de cape", permet de tenir un cap stable à vitesse modérée sans fatiguer l'équipage. Le bateau devient très doux, même dans une mer formée.
Si le vent continue de monter, on peut ensuite enrouler la trinquette et ne garder que la voile d'artimon. C'est surprenant, mais un ketch avance encore à 3 ou 4 nœuds avec cette seule voile, tout en restant parfaitement manœuvrable.
Le tout, c'est d'anticiper. Ne réduisez jamais la toile quand vous êtes déjà fatigués. Faites-le dès que le vent atteint 20-22 nœuds établis, pas après.
Ketch, yawl, goélette : comment les reconnaître en un coup d'œil ?
C'est le jeu préféré des enfants sur les pontons, et je m'y adonne encore avec plaisir.
- Le ketch : deux mâts. Le grand mât est à l'avant, le mât d'artimon est plus petit et se situe devant la barre. La voile d'artimon est bien visible et de taille respectable.
- Le yawl : deux mâts. Le grand mât est à l'avant, le mât d'artimon est très en retrait, derrière la barre, presque au ras de l'eau. Sa voile, le tapecul, est petite, presque un accessoire.
- La goélette : deux mâts ou plus. Le mât arrière (le grand mât) est plus grand que le mât avant (le mât de misaine). Les voiles sont souvent auriques, avec une corne, et le mât de misaine est légèrement incliné vers l'avant.
- Le brick : deux mâts, tous les deux à voiles carrées. Le mât avant et le mât arrière portent chacun plusieurs voiles carrées. C'est le voilier des gravures du XIXe siècle.
- Le brigantin : deux mâts. Le mât avant est à voiles carrées, le mât arrière porte une grand-voile aurique et parfois quelques voiles carrées.
Le plus simple pour ne pas se tromper : regardez où se trouve le plus petit mât. S'il est loin derrière, c'est un yawl. S'il est juste derrière le grand mât, c'est un ketch. S'il est plus grand que le mât avant, c'est une goélette.
Le juste milieu : un voilier deux mâts pour naviguer seul ?
On me demande souvent si on peut manœuvrer un ketch ou une goélette en solitaire. La réponse est oui, mais avec des nuances.
Un ketch de 10 à 12 mètres peut tout à fait se manœuvrer seul, à condition d'avoir installé des winches électriques et des renvois de drisses bien pensés. J'ai un ami qui fait le tour de l'Atlantique seul sur un ketch de 11 mètres. Il a transformé tous les cabillots et ajouté des poulies de renvoi, et il gère très bien.
Une goélette, en revanche, demande plus de préparation. La grand-voile, souvent lourde, est difficile à hisser seule. Il faut prévoir des voiles à enrouleur ou un système de hissage assisté.
Avant d'investir dans un deux-mâts pour du solitaire, je vous conseille de tester la manœuvre de la grand-voile par vent de 15 nœuds. Si vous y arrivez sans vous mettre en danger, le bateau est fait pour vous.
Un mot sur les voiliers deux mâts à vendre : le marché est assez restreint. Les ketchs des années 1980 comme les Amel et les Formosa sont très présents. Les yawls sont plus rares, et les goélettes de croisière sont souvent des bateaux de caractère, à restaurer. Prenez votre temps. Un deux-mâts en bon état se vend rapidement, mais un projet de restauration peut vous prendre des années.
Enfin, n'oubliez pas que ces bateaux, avec leur allure classique, attirent les regards et les conversations. On ne possède pas un ketch ou une goélette, on en est le passager privilégié. Et c'est exactement ce qui rend l'aventure si belle.